Ouverte à Belém, au cœur de l’Amazonie, la COP30 n’est pas seulement un sommet de plus dans la longue histoire des conférences sur le climat. Pour le Gabon, elle marque une bataille politique et économique essentielle : celle de la reconnaissance de la valeur réelle de ses forêts et de son rôle dans la stabilité climatique mondiale.
Un pays qui agit déjà, mais veut être reconnu
Depuis plus de dix ans, le Gabon s’est engagé dans la conservation de ses forêts, la lutte contre la déforestation et la certification durable de son bois. Près de 88 % du territoire reste couvert de forêts, faisant du pays un puits de carbone net — un cas rare sur le continent.
Mais ce modèle vert a un coût : moins de terres exploitables, des revenus forestiers encadrés, et peu de compensations financières à la hauteur de l’effort. À Belém, le message de Mays Mouissi, représentant le président Brice Clotaire Oligui Nguema, est clair :
« Le Gabon ne vient pas demander, mais plaider pour un changement transformationnel. »
Autrement dit, le pays ne veut plus de promesses, mais de mécanismes économiques concrets pour rémunérer la préservation des forêts comme un service rendu à l’humanité.
Une architecture financière à repenser
L’enjeu dépasse la question écologique. Il s’agit d’un déséquilibre structurel : les pays qui ont le moins contribué au réchauffement sont ceux qui en subissent les plus fortes conséquences.
Le Gabon plaide pour que la gouvernance climatique mondiale cesse d’opposer “pays donateurs” et “bénéficiaires” au profit d’une logique de partenariat équitable. Cela passerait notamment par :
- une reconnaissance internationale du Bassin du Congo comme bien public mondial ;
- la valorisation réelle des crédits carbone et biodiversité ;
- la mobilisation du capital privé pour financer des projets verts viables localement.
Ces mesures pourraient permettre à des pays forestiers comme le Gabon de financer eux-mêmes leur développement sans compromettre la conservation.
De la forêt au climat : une bataille d’influence
Derrière les discours, une question domine : qui gouvernera la transition climatique mondiale ?
En s’alliant à l’Amazonie et au Borneo-Mékong dans la coalition United for Our Forests, le Gabon mise sur un multilatéralisme renouvelé, où le Sud global ne se contente plus de subir, mais propose sa propre vision du futur.
Cette alliance, portée par la présidence brésilienne de Lula, vise à replacer les forêts tropicales au centre du système climatique et financier. Elle pourrait devenir un nouveau levier diplomatique pour l’Afrique.
Ce que cela change pour les citoyens
Derrière les grandes décisions, il y a des enjeux concrets :
- des emplois verts dans la gestion durable des forêts ;
- des investissements climatiques pour moderniser les infrastructures ;
- une énergie plus propre et plus accessible, si les financements suivent.
L’enjeu pour le Gabon est donc de transformer sa position écologique en avantage économique, sans brader sa souveraineté.
En somme
À Belém, le Gabon ne cherche pas à séduire, mais à convaincre : la protection des forêts tropicales n’est pas un geste de bonne volonté, mais un service vital à la planète. Et comme tout service rendu, il mérite d’être rémunéré équitablement.


