United for Our Forests : une alliance Sud–Sud peut-elle peser face aux grandes puissances ?

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Née dans le sillage de la COP30 à Belém, au cœur de l’Amazonie, l’initiative “United for Our Forests” rassemble les trois grands bassins tropicaux de la planète — l’Amazonie, le Bassin du Congo et le Bornéo-Mékong — autour d’une cause commune : protéger, valoriser et restaurer les forêts tropicales.


Mais cette alliance, portée par les pays du Sud, peut-elle réellement influencer les équilibres climatiques mondiaux face aux grandes puissances économiques du Nord ?


Trois poumons verts, un même combat

À eux trois, ces bassins abritent près de 80 % des forêts tropicales mondiales et jouent un rôle crucial dans la régulation du climat. Pourtant, leurs pays membres subissent les conséquences d’un modèle économique qui les place souvent dans une position paradoxale :
ils stockent le carbone du monde, mais ne bénéficient pas équitablement des financements climatiques censés soutenir leurs efforts.

L’initiative United for Our Forests veut changer cette équation. En unissant leurs voix, le Brésil, le Gabon, l’Indonésie et leurs partenaires espèrent peser collectivement sur les négociations internationales pour obtenir une reconnaissance des forêts tropicales comme bien public mondial, assortie d’une rémunération juste et prévisible.


Un rapport de force économique déséquilibré

Aujourd’hui, moins de 15 % des financements climatiques mondiaux vont réellement aux pays forestiers.
La majorité reste concentrée dans les nations développées, au profit de la transition énergétique et technologique.
Résultat : les États du Sud financent souvent eux-mêmes leur conservation, au détriment de leur développement.

Pour Mays Mouissi, ministre gabonais de l’Économie et du Plan, présent à Belém,

« Les efforts des pays forestiers ne peuvent être considérés comme un simple acte de générosité écologique. Il s’agit d’un service rendu à l’humanité qui doit être reconnu et rémunéré. »


Un modèle Sud–Sud en construction

United for Our Forests propose une approche nouvelle du multilatéralisme climatique : une solidarité horizontale entre pays du Sud, fondée sur le partage de technologies, de données et de modèles de gestion durable.
L’alliance mise sur la coopération scientifique, la valorisation du carbone et de la biodiversité, et la création d’un marché commun des crédits verts entre pays forestiers.

Le défi sera toutefois d’assurer la cohérence politique entre des régions aux priorités parfois divergentes : l’Amazonie centrée sur la souveraineté, le Bassin du Congo sur la valorisation des services écosystémiques, et le Bornéo-Mékong sur la reforestation industrielle.


Un contrepoids possible au Nord ?

Sur le plan symbolique, oui. L’alliance démontre que les pays du Sud ne veulent plus être de simples bénéficiaires, mais des décideurs dans la gouvernance climatique.
Sur le plan pratique, sa puissance dépendra de sa capacité à :

  1. Créer un mécanisme financier autonome, alimenté par les marchés carbone régionaux ;
  2. Peser collectivement dans les COP pour réformer la gouvernance climatique mondiale ;
  3. Attirer le capital privé en garantissant la transparence et la traçabilité des projets verts.

Pourquoi cela compte

Pour le Gabon, l’alliance représente bien plus qu’un symbole diplomatique : c’est une opportunité stratégique.
En misant sur la diplomatie climatique, le pays peut renforcer son influence, attirer de nouveaux financements et faire du Bassin du Congo un pilier de la transition écologique mondiale.

L’enjeu n’est donc pas seulement de “s’unir pour nos forêts”, mais de changer le rapport de force mondial autour de ce que valent réellement les écosystèmes tropicaux.


Ce qu’il faut retenir :

  • Les trois grands bassins tropicaux s’unissent pour peser sur la gouvernance climatique mondiale.
  • Le Gabon défend la reconnaissance des forêts comme bien public mondial.
  • Le succès de l’alliance dépendra de sa capacité à transformer la solidarité Sud–Sud en influence politique et économique durable.
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