Les pays forestiers du Bassin du Congo accélèrent leur positionnement sur les marchés carbone et la finance climatique. Le Cameroun, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, la Guinée équatoriale, le Gabon et la République du Congo viennent d’adopter des feuilles de route stratégiques pour les marchés carbone et la finance climatique dans le secteur forestier, élaborées avec l’appui de la World Bank.
Ces documents visent à transformer l’immense capital forestier de la région en un levier structurant de croissance résiliente au climat, de création d’emplois verts et de mobilisation de financements fondés sur les résultats.
Du potentiel forestier aux actifs financiers
Les pays du Bassin du Congo appartiennent au groupe des États dits « High Forest, Low Deforestation » (HFLD) — à forte couverture forestière et à faible taux de déforestation. Cette caractéristique constitue un avantage comparatif majeur dans un contexte mondial où les crédits carbone forestiers gagnent en importance.
Les nouvelles feuilles de route s’appuient notamment sur les travaux des comptes écosystémiques du Bassin du Congo et définissent, pour chaque pays, un cadre opérationnel permettant :
- d’accéder aux paiements fondés sur les résultats (Results-Based Payments),
- de structurer une participation crédible aux marchés carbone internationaux,
- d’aligner les objectifs climatiques et naturels avec les priorités nationales de développement.
L’ambition affichée est claire : passer d’un narratif centré sur la dégradation forestière à un modèle de croissance tirée par la forêt.
Gouvernance, MRV et Article 6 : les chantiers prioritaires
Les feuilles de route insistent sur plusieurs prérequis techniques et institutionnels :
- Renforcement de la coordination interinstitutionnelle ;
- Mise en place de mécanismes équitables de partage des bénéfices ;
- Déploiement de systèmes numériques robustes de Monitoring, Reporting and Verification (MRV) ;
- Alignement avec l’Article 6 de l’United Nations Framework Convention on Climate Change, pilier du commerce international de crédits carbone.
Sur le terrain, les dynamiques restent contrastées. Le Gabon et la Republic of the Congo ont déjà engagé des accords pilotes basés sur les résultats et progressé dans le cadre REDD+. D’autres pays, comme la Equatorial Guinea ou la Central African Republic, se trouvent à des stades plus préliminaires.
La Democratic Republic of the Congo et le Cameroon disposent également d’un potentiel significatif, sous réserve de réformes institutionnelles et techniques.
Une opportunité économique régionale
Au-delà de l’enjeu climatique, ces feuilles de route traduisent une convergence stratégique entre agendas environnementaux et économiques. L’objectif est de faire des crédits carbone et des financements climatiques :
- une source durable de revenus publics,
- un catalyseur d’investissements privés,
- un levier d’emplois verts,
- un mécanisme de résilience pour les communautés locales et les peuples autochtones.
Pour la Banque mondiale, les forêts du Bassin du Congo ne constituent pas uniquement un régulateur climatique mondial : elles représentent aussi un actif financier stratégique susceptible de générer des flux d’investissements tangibles.
Vers un changement de paradigme
Ces feuilles de route stratégiques s’inscrivent dans les services analytiques et d’assistance technique plus larges de la Banque mondiale pour la région. Elles proposent un cadre « de bout en bout » pour opérationnaliser la finance carbone, en mettant l’accent sur la gouvernance, la transparence et l’inclusion.
Si les conditions habilitantes sont réunies — sécurité juridique des crédits carbone, clarté fiscale, participation communautaire, crédibilité MRV — le Bassin du Congo pourrait devenir l’un des pôles majeurs du marché carbone mondial.
À terme, l’enjeu dépasse la seule conservation : il s’agit de repositionner la forêt comme moteur central du développement économique et de la transformation structurelle des économies d’Afrique centrale.


