Le Gabon amorce une nouvelle étape dans la structuration de ses produits forestiers non ligneux à fort potentiel. Le 19 janvier 2026, le ministre des Eaux et Forêts, de l’Environnement et du Climat, chargé du Conflit Homme-Faune, Maurice Ntossui Allogo, a reçu la Directrice générale de l’Agence gabonaise pour le développement de l’économie verte (AGADEV), Sycrielle P. Sendetali, pour définir les contours d’une stratégie nationale et internationale de valorisation de l’iboga.
Cette rencontre s’inscrit dans la vision présidentielle portée par le Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui fait du capital forestier un levier de souveraineté économique et de développement durable. Plante endémique aux usages culturels, thérapeutiques et scientifiques reconnus, l’iboga pourrait devenir, selon les autorités, un moteur de croissance verte et un vecteur de rayonnement du Gabon à l’échelle internationale.
Structurer sans surexploiter : un équilibre délicat
Au cœur des échanges : l’état d’avancement de la conférence internationale dédiée à l’iboga et à l’ibogaïne, mais surtout la nécessité d’un encadrement rigoureux de la filière. Longtemps exploitée de manière informelle, parfois illégale, cette ressource forestière fait face à une pression croissante, alimentée par la demande internationale.
Pour éviter les dérives observées dans d’autres filières naturelles africaines, le ministère et l’AGADEV entendent doter l’iboga d’un cadre réglementaire solide, garantissant une approche intégrée à la fois économique, sociale et environnementale. L’objectif est clair : transformer une ressource sensible en opportunité durable, sans compromettre la biodiversité forestière.
Retombées économiques et inclusion communautaire
Sur le plan économique, la stratégie vise la mise en place d’une chaîne de valeur performante, capable de générer des revenus durables pour les communautés locales, premières détentrices des savoirs liés à l’iboga. L’enjeu est aussi social : intégrer les populations rurales à la gouvernance de la filière, protéger leurs droits coutumiers et connaissances ancestrales, et éviter toute forme de biopiraterie.
Cette approche inclusive s’inscrit dans la logique de l’économie verte défendue par les autorités, où la valorisation des ressources naturelles doit contribuer à la réduction de la pauvreté et au développement local.
Préserver la biodiversité forestière
Sur le volet environnemental, la prudence est de mise. Ressource forestière non ligneuse, l’iboga reste étroitement liée à l’équilibre des écosystèmes. La stratégie annoncée prône donc une gestion durable, fondée sur la régénération naturelle, le contrôle des prélèvements et le respect de l’intégrité des forêts.
Pour Eco-Gabon, cette dimension est cruciale : sans mécanismes clairs de suivi scientifique et de contrôle, la valorisation économique pourrait rapidement se transformer en facteur de dégradation écologique.
Une gouvernance encore attendue
À l’issue de la rencontre, la décision a été prise de mettre en place un groupe de travail de réflexion approfondie, chargé d’accompagner la mise en œuvre de cette initiative stratégique. Reste désormais à savoir comment seront articulés les rôles entre l’État, les communautés, les chercheurs et les acteurs privés.
La structuration de la filière iboga représente une opportunité majeure pour le Gabon. Mais elle pose aussi une question centrale : le pays saura-t-il transformer cette plante emblématique en richesse durable sans répéter les erreurs d’une exploitation non maîtrisée ?
Pour Eco-Gabon, la réponse dépendra moins des intentions affichées que de la capacité à traduire cette ambition en règles claires, en contrôles effectifs et en bénéfices équitablement partagés.


