À Mayumba, dans la province de la Nyanga, une mission de terrain multisectorielle vient d’ouvrir une nouvelle page de la conservation marine gabonaise. Portée par l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN), avec l’appui des ONG Sea Shepherd et Wildlife Conservation Society (WCS), cette initiative vise à poser les bases d’un sanctuaire dédié aux nurseries de requins, zones essentielles à la survie d’espèces menacées.
Au cœur de cette démarche : concilier préservation de la biodiversité marine et maintien des activités économiques locales, dans un contexte où la pression sur les ressources halieutiques s’intensifie.
Des zones clés pour des espèces menacées
Les travaux scientifiques menés depuis plusieurs années confirment que les eaux côtières de Mayumba constituent une zone de nurserie majeure pour plusieurs espèces d’élasmobranches, notamment le requin-marteau halicorne (Sphyrna lewini) et le requin bordé (Carcharhinus limbatus), tous deux classés comme espèces menacées à l’échelle mondiale.
Si le Gabon dispose déjà d’un cadre juridique protecteur pour les requins et les raies, la création d’un sanctuaire spécifique permettrait de renforcer la réglementation dans ces zones critiques, en encadrant plus strictement la pêche et les autres activités anthropiques susceptibles de perturber le cycle de reproduction.
Une gouvernance concertée, clé du succès
Contrairement à une approche strictement restrictive, la mission engagée à Mayumba privilégie la co-construction avec les acteurs locaux. Conduite par Inès Bike, la délégation rassemble des représentants des ministères des Eaux et Forêts ainsi que de la Mer et de la Pêche, garantissant une approche transversale de la gestion de l’espace marin.
Les équipes travaillent actuellement à la délimitation précise de la zone et à l’élaboration du futur texte juridique de classement. En parallèle, des consultations sont menées avec les chefs coutumiers, pêcheurs artisanaux, commerçants et autorités locales, afin d’assurer une compréhension partagée des enjeux et une acceptation sociale du projet.
Pour l’ANPN et ses partenaires, la pédagogie est essentielle : il s’agit de démontrer que la protection des nurseries n’est pas une contrainte punitive, mais un investissement écologique au bénéfice direct des communautés de pêche.
Protéger aujourd’hui pour pêcher demain
Le futur sanctuaire s’inscrit dans une vision économique à long terme. En sécurisant les zones de reproduction, l’État gabonais entend favoriser la reconstitution des stocks halieutiques, condition indispensable à la durabilité de la pêche artisanale, pilier des moyens de subsistance locaux.
La mission a débuté par des réunions techniques visant à harmoniser les messages de sensibilisation, avant d’entamer des visites de civilité auprès des autorités administratives et judiciaires de Mayumba. La prochaine étape consistera à co-valider, avec les communautés, des mesures réalistes et adaptées, ouvrant la voie à une officialisation du sanctuaire par décret gouvernemental.
Mayumba, laboratoire de la conservation marine gabonaise ?
Si le dialogue engagé aboutit, Mayumba pourrait devenir une vitrine régionale de la gestion concertée des ressources marines, illustrant la capacité du Gabon à conjuguer protection des espèces, gouvernance inclusive et développement local.
Une question demeure toutefois centrale : quels mécanismes d’accompagnement économique et social l’État mettra-t-il en place pour soutenir les pêcheurs durant la phase de transition ? De la réponse dépendra la pérennité de ce projet ambitieux, à la croisée des enjeux climatiques, alimentaires et de biodiversité.
Pour Eco-Gabon, cette initiative rappelle une évidence : la conservation marine ne peut réussir que si elle place l’humain au cœur de la solution, sans jamais perdre de vue l’urgence écologique.


