« Sans moteurs, nous ne pouvons pas travailler. C’est toute la chaîne qui est bloquée. » — Emmanuel, pêcheur artisanal
La saisie de 23 moteurs hors-bord appartenant à de jeunes pêcheurs gabonais par l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) suscite une vive inquiétude à Libreville. Lors d’un contrôle inopiné mené le vendredi 19 décembre 2025, les éco-gardes ont surpris des pêcheurs exerçant leurs activités à l’intérieur d’un parc national, une zone strictement interdite à la pêche.
En sanction, les moteurs des pirogues ont été confisqués pour une durée de deux semaines, avec une restitution annoncée pour le 6 janvier 2026. Une mesure aux conséquences immédiates, tant pour les pêcheurs que pour les consommateurs, à l’approche des fêtes de fin d’année.
Des pirogues immobilisées, des revenus suspendus
Au Centre d’appui à la pêche artisanale (Capal), le constat est frappant : des pirogues à l’eau, mais sans moteurs. Pour de nombreux jeunes pêcheurs, cette sanction signifie un arrêt total de l’activité.
« Ils ont pris plus de 23 pirogues. On fait comment pour s’en sortir ? », s’interroge Emmanuel, l’un des pêcheurs sanctionnés. Comme beaucoup d’autres, il dépend de la pêche pour subvenir à ses besoins quotidiens.
Daril Manfoumbi, étudiant et pêcheur occasionnel, reconnaît avoir été pris en flagrant délit, tout en exprimant son incompréhension : « C’est là où sont les poissons. C’est là que nous pêchons. On ne nous avait pas clairement interdit cette zone. »
Un impact direct sur l’approvisionnement des marchés
Les effets de cette opération ne se limitent pas aux pêcheurs. Sur les marchés de Libreville, la pénurie de poisson se fait déjà sentir.
« On n’a rien. Comment va-t-on passer les fêtes ? », s’inquiète Esther Sourayo, présidente des vendeuses de poisson. La raréfaction de l’offre entraîne un manque à gagner pour les commerçantes et fragilise l’approvisionnement des ménages, pour lesquels le poisson constitue une source essentielle de protéines.
Tensions autour de la gestion des ressources halieutiques
Au-delà de l’incident, cette saisie relance le débat sur l’équilibre entre protection des écosystèmes marins et subsistance des pêcheurs artisanaux.
Jean-Pierre Makaya, secrétaire général de la Fédération gabonaise de la pêche artisanale, dénonce une pression accrue sur les pêcheurs locaux, tout en pointant un contrôle jugé insuffisant des chalutiers étrangers opérant en haute mer.
Contactée, l’administration n’a pas souhaité réagir.
Entre conservation et justice sociale
Si la protection des parcs nationaux répond à des impératifs de conservation, l’épisode met en lumière la nécessité d’un dialogue renforcé avec les communautés dépendantes des ressources naturelles.
En pleine période de fêtes, la saisie de ces moteurs pose une question centrale : comment concilier la préservation des écosystèmes avec la sécurité alimentaire, l’emploi des jeunes et l’équité dans l’application des règles de gestion des ressources halieutiques ?
Chiffres clés
- 23 moteurs hors-bord saisis
- 2 semaines de suspension d’activité
- Restitution prévue le 6 janvier 2026


